Entends la nuit de Catherine Dufour

 

Myriame 25 ans commence son nouveau boulot de chargée de veille à la Zuidertoren, dans le quartier de Bercy. Elle se retrouve dans un bureau glacial et est surveillée par un logiciel espion, qui porte le doux nom de Pretty face et s’assure que les employés travaillent vraiment. C’est par l’intermédiaire de Pretty face qu’elle va rencontrer le mystérieux Sir Duncan Vane, l’un des dirigeants de la Zuidertoren. Lorsqu’il lui propose un CDI et de lui trouver un logement elle n’hésite pas trop longtemps, surtout qu’elle est très intriguée par le personnage. Duncan Vane se révèle être décédé depuis un siècle et demi et le petit jeu de séduction devient dangereux.
Avec « entends la nuit » Catherine Dufour nous entraîne dans les rue de Paris mais aussi dans ses entrailles. On visite, on passe entre les murs des grandes bâtisses parisiennes et on croise au passage des êtres malfaisants tirés d’anciens mythes. Les aristocrates anglais sont aussi toxiques que les vampires du nord-ouest américain et le roman pourrait presque ressembler à de la bitlit classique. Sauf qu’il est question de classe sociale, d’immortalité bien sûr et que le tout est traité avec une bonne dose d’humour grinçant. La fin est bien loin des clichés du genre et apporte une bouffé d’optimisme.

Anatèm de Neal Stephenson

Sur un monde appelé Arbre, des congrégations de chercheurs vivent renfermées sur elles-mêmes. La vie en leur sein est rythmée par la Discipline et les recherches mathématiques et philosophiques. Ces congrégations ne s’ouvrent au monde extérieur que pendant 10 jours tous les 10 ans. C’est lors d’une ces brèves période que Fraa Erasmas, un jeune chercheur du sanctuaire de Saint Edhar, va découvrir que l’on cherche à dissimuler une observation astronomique qui pourrait avoir de graves conséquences.

Il vaut mieux être prévenu, le début d’Anatèm est complexe, voir très exigeant. Les 50 premières pages nous plongent dans le fonctionnement des congrégations et le nombre important de termes à intégrer nécessite un temps d’adaptation. Il faut encore passer une centaine de page pour ensuite découvrir qu’il devient impossible de lâcher ce roman. L’ensemble devient fluide, c’est drôle, passionnant et quand arrive la fin du tome 1 on se dit que c’est une très bonne chose que la suite arrive le 31 octobre. Parce qu’il aurait été difficile de patienter plus longtemps.
Dix ans après sa parution en VO il est enfin possible de lire Anatèm de Neal Stephenson en français, grâce aux éditions Albin Michel imaginaire et à la traduction de Jacques Collin. Et c’est un régal !

La Grâce des Rois de Ken Liu

Sept états indépendants composaient le royaume de Dara jusqu’à ce que le roi de Xana décide de les unifier et de se proclamer empereur. Depuis, le peuple est écrasé par l’impôt et les nobles qui ont perdu leurs positions rêvent d’un retour de leurs privilèges. Plusieurs foyers de révoltes vont éclater dans le royaume et progressivement deux hommes vont émerger, Mata Zyndu et Kuni Garu. Mata est le seul survivant du massacre de son clan avec son oncle. Kuni, beau parleur un peu escroc, est très loin d’imaginer ce que le destin a prévu pour lui. Dans leurs rôles d’observateurs pas du tout impartiaux, les dieux vont eux se choisir des favoris et parfois même intervenir dans la lutte qui va opposer les différentes factions.

Avec « La Grâce des Rois », Ken Liu nous transporte dans un monde inspiré des dynasties impériales chinoises où c’est développé une technologie à base de dirigeables en soie et de machines mécaniques. Roman choral dans sa première partie, l’intrigue va progressivement se resserrer sur les véritables protagonistes de cette grande épopée faites de batailles et d’enjeux politiques.
Mais le roman fait également la part belle aux relations entre les personnages, amitiés et jalousies sont au cœurs du récit. Il ne faut pas oublier les femmes, parfois un peu trop en retrait par rapport aux personnages masculins, elles tiennent malgré tout un rôle clé dans l’histoire et font preuve d’un courage et d’une abnégation extraordinaire.

Après ses nombreuses nouvelles le premier roman de Ken Liu était très attendu, avec La Grâce des Rois le passage au format long est réussi.