Bonheur TM de Jean Baret

Toshiba et Walmart sont chasseurs d’idées. Ils traquent les fraudeurs, ceux qui ne consomment pas assez alors que la consommation est un devoir. Lors d’une enquête de routine ils vont découvrir un complot qui pourrait fragiliser les bases de la société de consommation.

Bonheur TM nous présente une société où la liberté est totale tant que l’on consomme. Transformation des corps à outrance, sexualités extrêmes et violence font parties de la vie quotidienne et sont souvent des occasions supplémentaires de dépenser. L’identité disparaît au profit du sponsor de vie, dont on peut changer régulièrement, mais aussi de la catégorie dans laquelle on se classe, transhumain, surhumain, netrunner, U-men… Ce roman est une lecture perturbante, il utilise la répétition, des listes, des journées, des slogans…, jusqu’à provoquer l’écœurement chez le lecteur, mais aussi le rire (même s’il est parfois nerveux). Parce que cette société de surconsommation à outrance peut être drôle dans ses excès, mais aussi dans ses références de pop culture. Cette critique de notre société de consommation ne peut pas laisser indifférent et mérite absolument qu’on lui accorde un peu de temps de cerveau disponible.

Entends la nuit de Catherine Dufour

 

Myriame 25 ans commence son nouveau boulot de chargée de veille à la Zuidertoren, dans le quartier de Bercy. Elle se retrouve dans un bureau glacial et est surveillée par un logiciel espion, qui porte le doux nom de Pretty face et s’assure que les employés travaillent vraiment. C’est par l’intermédiaire de Pretty face qu’elle va rencontrer le mystérieux Sir Duncan Vane, l’un des dirigeants de la Zuidertoren. Lorsqu’il lui propose un CDI et de lui trouver un logement elle n’hésite pas trop longtemps, surtout qu’elle est très intriguée par le personnage. Duncan Vane se révèle être décédé depuis un siècle et demi et le petit jeu de séduction devient dangereux.
Avec « entends la nuit » Catherine Dufour nous entraîne dans les rue de Paris mais aussi dans ses entrailles. On visite, on passe entre les murs des grandes bâtisses parisiennes et on croise au passage des êtres malfaisants tirés d’anciens mythes. Les aristocrates anglais sont aussi toxiques que les vampires du nord-ouest américain et le roman pourrait presque ressembler à de la bitlit classique. Sauf qu’il est question de classe sociale, d’immortalité bien sûr et que le tout est traité avec une bonne dose d’humour grinçant. La fin est bien loin des clichés du genre et apporte une bouffé d’optimisme.

Anatèm de Neal Stephenson

Sur un monde appelé Arbre, des congrégations de chercheurs vivent renfermées sur elles-mêmes. La vie en leur sein est rythmée par la Discipline et les recherches mathématiques et philosophiques. Ces congrégations ne s’ouvrent au monde extérieur que pendant 10 jours tous les 10 ans. C’est lors d’une ces brèves période que Fraa Erasmas, un jeune chercheur du sanctuaire de Saint Edhar, va découvrir que l’on cherche à dissimuler une observation astronomique qui pourrait avoir de graves conséquences.

Il vaut mieux être prévenu, le début d’Anatèm est complexe, voir très exigeant. Les 50 premières pages nous plongent dans le fonctionnement des congrégations et le nombre important de termes à intégrer nécessite un temps d’adaptation. Il faut encore passer une centaine de page pour ensuite découvrir qu’il devient impossible de lâcher ce roman. L’ensemble devient fluide, c’est drôle, passionnant et quand arrive la fin du tome 1 on se dit que c’est une très bonne chose que la suite arrive le 31 octobre. Parce qu’il aurait été difficile de patienter plus longtemps.
Dix ans après sa parution en VO il est enfin possible de lire Anatèm de Neal Stephenson en français, grâce aux éditions Albin Michel imaginaire et à la traduction de Jacques Collin. Et c’est un régal !